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Dimanche 28 juin 09
Elle est fatiguée, épuisée... mais elle est là. Fauve ne sait peut être plus
ce soir si elle doit rejoindre son mari ( enfin celui avec qui elle n'est pas mariée ), si elle doit s'occuper de son chat, ou bien téléphoner à son amant ( du moins celui qui l'était avant
que... ), mais Fauve sait qu'elle est épuisée.
A passer tout son temps, chaque minute écoulée, chaque seconde respirée, à s'occuper de celle qui lui boulverse sa vie chaque fois qu'elle s'en approche, Fauve ne sait plus grand chose. Mais elle
sait avec certitude que malgré ce mal-être momentané, ce qu'elle vit dans l'instanté fait dorénavant parti de l'éternité. Et cette éternité là, elle s'en nourrit avant qu'elle n'en meurt un
jour.
Il y a dans ces 98 années, beaucoup de tristesse, beaucoup de joie, beaucoup d'histoire. Et Fauve ne peut les regarder qu'avec admiration et respect. 98 ans d'une vie à aimer... Et à aimer comme
Fauve aurait voulu l'être.
Dans ces mains ridées de la vie, elle puise ce toucher, si doux et si réconfortant.. Elle écoute cette voix d'où un mélange de savoir et d'espoir s'infusent avec hésitation. Pour puiser au fond
de ce miracle, un instant d'éternité !
Quelle chance, quel cadeau ! D'une valeur inestimable, intouchable et inépuisable. Fauve pourtant fatiguée de répéter, las de porter et de soutenir, épuisée par ses incompréhensions, et
quelquefois oubliée, elle garde pourtant au fond d'elle, des souvenirs qu'elle essaye de se graver... pour ne plus jamais oublier....
Et ces 98 années d'une vie à aimer lui fond comprendre aussi qu'il ne faut jamais désespérer. Une leçon de vie extraordinaire !
Cette grand-mère lui donne, à chaque seconde de sa présence, la force de croire que le bonheur existe. Pourtant épuisée de ces 3 jours à s'occuper d'elle, culpabilisée des colères
qu'elle aura pu avoir face à l'oubli de l'âge, face à cette violence impensée et incontrôlée, épuisée de larmes, elle se sent seule ce soir. Seule, abandonnée de tristesse et d'absence, face
à la vie qui passe trop vite.
Comment pourrait-on imaginer ralentir la vie ? Pourquoi ne pas s'être rendue compte plus tôt qu'il y avait ce bonheur là à préserver ? Alors, malgré cette fatigue, malgré ce
ras-le-bol, pressée de retrouver ces instants de quiétude et de protection, ces moments d'amour gratuits et vrais, elle s'en ira à nouveau retrouver celle qui la protège, celle qui
l'aime par-dessus tout sans condition, celle qui oublie ses instants de colère, ses révoltes et ses mauvais mots. Seulement parce que la vie passe trop vite... Et seulement parce qu'il
ne reste plus beaucoup de temps...
Si tu savais combien je t'aime...
http://www.youtube.com/watch?v=D07cq-qk7Oc

" En réalité, chaque lecteur est, quand il lit, le propre lecteur de soi-même ".
Marcel Proust
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